Des transes atlantiques fort peu pacifiques !

L’ennemi principal des peuples est l’impérialisme euro-atlantique en gestation !

Les marxistes que nous souhaitons être sont loin d’idéaliser l’orientation générale de la République populaire chinoise ou, a fortiori, d’encenser le pouvoir nationaliste bourgeois de Poutine. En Ukraine comme en Russie, nous sommes d’abord et surtout aux côtés des mineurs du Donbass en lutte et des militants communistes en résistance.

Mais d’une part, tout montre qu’en Ukraine, à l’encontre de ceux qui renvoient les deux parties dos à dos, l’agresseur est l’U.E. atlantique et la clique otanienne des Obama, Merkel et autres Hollande : ces grands démocrates du verbe n’hésitent même pas à soutenir des nazis pour tenter d’annexer l’Ukraine à l’Union transatlantique en gestation dans le cadre du Drang nach Osten de l’Axe Washington-Berlin.

Tout montre aussi, à l’encontre de la Kriegspropaganda pseudo-« droits-de-l’hommiste » que déploient totalitairement nos « libres » médias contre la Russie, que l’ennemi principal des peuples (y compris celui du peuple français plongé dans l’austérité et privé de souveraineté par l’U.E.) est bien l’Empire transatlantique en gestation.

Celui-ci cherche avant tout, hier en Syrie, aujourd’hui en Ukraine, demain en Biélorussie ou dans le Caucase dont revient Hollande, à encercler les « B.R.I.C.S. » (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) qui, malgré leur insertion dans la mondialisation capitaliste (la Chine mériterait un développement particulier) ont e tort, aux yeux des U.S.A., de menacer l’hégémonie économique mondiale de l’Oncle Sam. Celui-ci s’efforce d’encercler militairement la Russie en étendant l’O.T.A.N. à toute la frontière occidentale de la Fédération russe, en mettant en place un énorme « bouclier spatial antimissiles », en s’implantant dans le Caucase et en disposant des bases américaines dans toute l’Asie centrale, y compris en lorgnant sur l’Iran et en dominant l’Afghanistan, histoire de surveiller également l’Inde et la Chine.

Dans le même temps, Washington construit aussi l’Union transpacifique et le Japon, l’autre grand vaincu de 1945, se réarme pour accroître la pression impérialiste sur la Chine et sur ses alliés orientaux.  Mais la Chine et la Russie ne restent pas les bras ballants face à cet encerclement qui les menace. Sans idéaliser le type d’accord que viennent de passer les dirigeants russes et chinois, notamment sur le gaz, on ne se plaindra pas que l’entreprise impérialiste visant à isoler la Russie et à la séparer de la Chine, donc à précipiter la guerre contre elles, ait été fortement contrée par les récents accords stratégiques que décrit ci-dessous le journaliste italien Manlio Dinucci dans Il Manifesto.

Accords stratégiques Moscou-Pékin – Contre-offensive sur le front oriental (Il Manifesto)

Manlio DINUCCI

Pendant que l’OTAN convoque demain à Bruxelles les 28 ministres de la défense pour potentialiser ses forces dans une fonction anti-russe, en intensifiant aussi l’entraînement de militaires et paramilitaires de Kiev (y compris les bandes armées qui ont tenté d’assassiner le secrétaire du PC ukrainien), et que l’UE prend de nouvelles sanctions contre la Russie, la réponse vient non pas de Moscou mais de la lointaine Pékin.

Le président Poutine commence aujourd’hui sa visite officielle en Chine, durant laquelle sera signée une trentaine d’accords bilatéraux, dont le premier effet sera celui de rendre vain le plan de Washington visant à « isoler la Russie de Poutine en coupant ses liens économiques et politiques avec le monde extérieur ».

Russie-ChineLa portée des accords est stratégique. Un contrat d’une valeur de 270 milliards de dollars entre la compagnie publique russe Rosneft et la China’s National Petroleum Company prévoit que la Russie fournira à la Chine dans les 25 prochaines années plus de 700 millions de tonnes de pétrole. Un autre contrat prévoit que la compagnie publique russe Gazprom fournira à la Chine, d’ici 2018, 38 milliards de m3 de gaz par an, c’est-à-dire environ un quart de celui qu’elle fournit aujourd’hui à l’Europe. Se servant aussi d’investissements chinois prévus pour 20 milliards de dollars, Moscou projette de potentialiser l’oléoduc entre la Sibérie orientale et le Pacifique, en le flanquant d’un gazoduc de 4000Kms pour approvisionner la Chine. Pékin souhaite également effectuer des investissements en Crimée, en particulier pour la production et exportation de gaz naturel liquéfié, pour la modernisation de l’agriculture et la construction d’un terminal céréalier. En même temps Moscou et Pékin pensent à abandonner le dollar comme monnaie pour les échanges dans la région asiatique. Et la Russie est en train de projeter son propre système de paiements, sur le modèle du chinois Union Pay, dont les cartes de crédit peuvent être utilisées dans plus de 140 pays, se plaçant au second rang mondial après les Visa.

La coopération russo-chinoise ne se limite pas au domaine économique. Les présidents Xi Jinping et Vladimir Poutine, d’après des sources diplomatiques, feront une « importante déclaration » sur la situation internationale. La convergence d’intérêts stratégiques sera exemplifiée par la manœuvre conjointe que les marines des deux pays effectueront en Mer de Chine Méridionale, justement après que s’est déroulée aux Philippines une grosse manœuvre aéronavale étasunienne. Et un accord militaire est pratiquement conclu : dans le cadre de cet accord, Moscou fournira à Pékin des chasseurs multi-rôles Soukhoï Su-35, des sous-marins de classe Lada et les systèmes de défense missilistique les plus avancés, S-400.

Pour souligner la convergence d’intérêts entre Moscou et Pékin, Poutine intervient à la Conférence sur les mesures d’interaction et de renforcement de la confiance en Asie (Cica) qui, présidée par Xi Jinping, se tient à Shanghai les 21-22 mai prochains, avec la participation notamment du premier ministre irakien Nouri al-Maliki, du président afghan Hamid Karzai et de l’iranien Hassan Rouhani. Une claque aux Etats-Unis qui, après avoir dépensé dans les guerres en Irak et Afghanistan 6mille milliards de dollars, voient maintenant la Chine de plus en plus présente économiquement dans ces pays. En Irak, elle achète environ la moitié du brut produit et effectue de gros investissements dans l’industrie pétrolifère ; en Afghanistan, elle investit surtout dans le secteur minier, après que des géologues du Pentagone ont découvert de riches gisements de lithium, cobalt, or et autres métaux. Et, ouvrant à l’Iran des débouchés à l’est, Russie et Chine rendent de fait vain l’embargo effectué par les EU et l’UE.

Les choses ne vont pas mieux pour Washington sur le front occidental. La possibilité, exposée par l’administration Obama, de réduire de plus de 25% en une décennie les fournitures de gaz russe à l’Europe pour les remplacer par du gaz naturel liquéfié fourni par les Etats-Unis, s’avère être du bluff. Ce que confirme le fait que, malgré les sanctions annoncées par Berlin, des sociétés allemandes continuent à investir dans l’industrie énergétique russe : la Rma Pipeline Equipment, productrice de valves d’oléoducs et gazoducs, est en train d’ouvrir son plus gros site dans la région de la Volga. Et Gazprom a déjà signé tous les contrats, dont un de deux milliards d’euros avec la firme italienne Saipem (Eni), pour la réalisation du gazoduc South Stream qui, contournant l’Ukraine, apportera le gaz russe à travers la Mer Noire jusqu’en Bulgarie et de là dans l’UE. Même si les Etats-Unis arrivaient à bloquer le South Stream, la Russie pourrait dérouter le gaz jusqu’à la Chine.

Le « East Stream » est désormais ouvert.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 20 mai de il manifesto

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